Des pieds dans le ruisseau au tambour d’une machine perfectionnée : L’art de laver

Des pieds dans le ruisseau au tambour d’une machine perfectionnée : L’art de laver

Il nous suffirait d’une seule journée à endosser le rôle d’une lavandière du siècle passé, dos courbé dans un bac à frotter avec des gestes énergiques le linge de maison, pour que la corvée de la lessive nous semble alors être une tâche bien peu contraignante aujourd’hui.

La lessive fait partie intégrante de la petite Histoire de l’Homme car elle existe depuis que ce dernier a pris l’initiative de se vêtir –et d’avoir une certaine hygiène de vie. Certaine, en effet, car à ses débuts, elle n’était pas hebdomadaire : au Moyen-Âge, par exemple, plusieurs jours étaient consacrés à cette tâche mais… une seule fois par an uniquement, à Pâques ! C’était alors l’occasion de rassembler les familles et de fêter l’évènement pour rendre plus agréable cet acte physique plutôt éreintant.

Lorsqu’on imagine la lessive d’autrefois, c’est celle «à la main» qui nous apparait directement. Cependant, les premières traces témoignent d’un lavage « avec les pieds ». Deux pieds dans l’eau représentent d’ailleurs le verbe «laver» en hiéroglyphe égyptien. Les Romains après eux développeront aussi cette technique pour enlever le plus de saletés possible, dans de grandes cuves contenant de l’eau et des tensio-actifs permettant de dégraisser les tissus (on parle aussi d’urine comme détergent, oui oui…).

L’essor de la lessive (qui a dit « joli jeu de mot» ? ) a lieu au 16e siècle, avec ce qu’on appelle « les grandes buées » ‒ qui donneront leur nom à la « buanderie » ‒ qui avaient lieu deux fois par an, au printemps et à l’automne. Leur déroulé témoigne de l’amour qu’on portait à cette tâche…

  • Jour 1 : le Purgatoire, le jour du triage et ensuite du trempage.
  • Jour 2 : l’Enfer, le jour du coulage, puisqu’on ajoutait de l’eau bouillante sur les linges, et souvent des plantes aromatiques comme du thym ou de la lavande pour parfumer les tissus. Les vapeurs et la chaleur qui émanaient des cuves faisaient penser aux enfers.
  • Jour 3 : le Paradis, lorsque le linge avait refroidi et était prêt à être battu et essoré. Par la suite, on « cuisait » le linge pour le sécher.

Des lavoirs s’implantèrent alors dans chaque village, et le métier de lavandière et de blanchisseuse ( son évolution ) se répandirent.

Une véritable corporation nait alors et ne disparaîtra jamais. Les blanchisseuses, dans le Paris de la fin du 19e siècle, composent une des professions les plus représentées. Saviez-vous que sur la Seine et le canal Saint-Martin étaient amarrés des bateaux-lavoirs par dizaines?

Ce n’est que bien plus tard, lors de la révolution industrielle, que les premières machines à laver manuelles vont être inventées. Après la Première Guerre mondiale, la lessiveuse à champignon fait fureur mais elle est encore manuelle.

En 1910, un ingénieur américain, Alva Fisher, dépose un brevet d’une importance capitale pour les ménagères du monde entier : la machine à laver à moteur électrique. Mais il faudra attendre les années 60 pour que le produit soit commercialisé à plus grande envergure. Et avec force centrifuge pour l’essorage!

Et aujourd’hui? Il « suffit » de déposer votre linge dans un tambour rutilant, de reclaper le hublot, de verser un petit bouchon de produit lessiviel Eco-Tap accompagné d’un second d’adoucissant ( toujours Eco-Tap, cela va de soi ), de sélectionner un programme éco à maximum 30° et… plus qu’à patienter! Alors, elle est pas belle la vie?

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